Face à la volatilité croissante des marchés financiers, investir avec l’approche Dual Momentum développée par Gary Antonacci offre une alternative quantitative aux allocations statiques. Cette stratégie combine momentum absolu et relatif pour capter les tendances haussières tout en se repositionnant sur des actifs refuge lors des retournements de marché, visant ainsi à améliorer le ratio rendement-risque des portefeuilles.
Quand la volatilité des marchés remet en question les stratégies buy and hold traditionnelles
Les limites d’une allocation statique face aux cycles de marché
L’investissement passif et les stratégies buy and hold ont longtemps constitué le socle de la gestion de patrimoine pour les particuliers. Acheter un panier d’ETF diversifiés – actions américaines, internationales, obligations – et les conserver sur le long terme semblait une recette éprouvée. Pourtant, les crises financières successives ont révélé les faiblesses de cette approche : lors du krach de 2008, le S&P 500 a chuté de près de 50%, entraînant dans sa chute la majorité des portefeuilles diversifiés.
Ce Max Drawdown spectaculaire soulève une question centrale pour tout investisseur : comment préserver son capital lors des phases baissières sans pour autant renoncer aux performances des marchés haussiers ? Les allocations statiques, si elles réduisent la volatilité par la diversification, n’offrent aucune protection active contre les krachs. Elles imposent à l’investisseur d’encaisser l’intégralité des baisses, avec le risque psychologique de céder à la panique et de sortir au plus mauvais moment.
Les limites du rééquilibrage de portefeuille traditionnel se font également sentir. Réallouer mécaniquement vers les actions après une baisse peut s’avérer dangereux si la tendance baissière se poursuit. La diversification, bien que nécessaire, ne suffit plus lorsque les corrélations entre actifs augmentent brutalement en période de stress. L’investisseur moderne cherche donc une approche adaptative, capable de réagir aux cycles de marché.
La quête d’une stratégie adaptative pour préserver et faire fructifier son capital
Face à ce constat, plusieurs investisseurs se sont tournés vers des stratégies quantitatives capables de détecter les retournements de tendance. L’objectif : réduire l’exposition aux actifs risqués avant les grandes corrections, tout en restant investi durant les tendances haussières. Cette ambition nécessite un cadre méthodologique rigoureux, débarrassé des biais émotionnels qui paralysent la prise de décision en période de crise.
Le suivi de tendance (trend following) a démontré son efficacité dans de nombreuses classes d’actifs. Plutôt que de prédire l’avenir, il s’agit d’identifier ce qui fonctionne actuellement et d’ajuster son portefeuille en conséquence. Cette logique de rotation d’actifs repose sur un principe simple mais puissant : la persistance des tendances. Les études académiques ont établi que les actifs ayant bien performé sur les 6 à 12 derniers mois ont une probabilité statistique supérieure de continuer à surperformer à court terme.
Les indicateurs macroéconomiques comme les enquêtes PMI Markit ou les données de chômage peuvent enrichir cette lecture, même si certains sont des indicateurs retards. L’enjeu consiste à construire un système discipliné, transparent et réplicable, qui échappe aux travers de la gestion discrétionnaire. C’est précisément dans ce contexte qu’investir avec l’approche dual momentum prend tout son sens, en combinant deux dimensions complémentaires du momentum pour optimiser les arbitrages.
Le Dual Momentum : une double lecture du marché pour optimiser ses arbitrages
Le momentum absolu pour détecter les tendances de fond et protéger son portefeuille
Le momentum absolu (ou Absolute Momentum) mesure la performance récente d’un actif par rapport à un seuil de référence, généralement zéro ou un actif refuge. Il répond à une question fondamentale : cet actif affiche-t-il une tendance haussière suffisamment solide pour justifier d’y rester investi ? Concrètement, on calcule le rendement de l’actif sur une période donnée – typiquement 12 mois – et l’on compare ce rendement à celui d’un placement sécurisé comme les obligations long terme ou le cash.
Si l’actif risqué affiche un momentum positif supérieur à celui de l’actif refuge, l’investisseur reste exposé. En revanche, si le momentum devient négatif ou inférieur à celui des obligations, le signal indique un retournement de tendance : il est alors temps de basculer vers la protection. Cette logique binaire – risque on / risque off – constitue le mécanisme de gestion des risques au cœur de la stratégie Dual Momentum.
Lors de la crise de 2008, cette approche aurait permis de limiter les pertes entre 15% et 20%, contre près de 50% pour un portefeuille 100% actions. Le momentum absolu agit comme un filtre de tendance, évitant de subir l’intégralité des krachs. Il ne prédit pas les baisses, mais il réagit suffisamment tôt pour en atténuer l’impact. Les backtesting réalisés entre 1971 et 2016 montrent une réduction significative de la volatilité (12,6 contre 15,2 pour un buy and hold classique), tout en maintenant un rendement annuel attractif.
Le choix de l’actif refuge demeure un sujet de débat. Les obligations Investment Grade, traditionnellement utilisées, posent question dans un environnement de taux bas. Le cash, bien que moins rémunérateur, offre une liquidité totale et évite le risque de taux. En PEA ou Assurance Vie, l’investisseur peut opter pour un fonds euro ou laisser l’argent sur le compte espèces, préservant ainsi la fiscalité avantageuse de ces enveloppes.
Le momentum relatif pour sélectionner les actifs les plus performants à un instant T
Le momentum relatif (ou Relative Momentum) ajoute une dimension comparative. Il ne s’agit plus seulement de savoir si un actif monte, mais de déterminer lequel monte le plus vite. En confrontant plusieurs classes d’actifs entre elles – par exemple le S&P 500 et le MSCI ACWI ex-US – le momentum relatif permet d’identifier le leader du moment et de concentrer le capital sur lui.
Cette logique de performance relative repose sur l’observation empirique que les flux de capitaux mondiaux tendent à se concentrer sur certaines zones géographiques ou secteurs en fonction des cycles économiques. Pendant certaines phases, les actions américaines dominent ; à d’autres moments, ce sont les marchés émergents ou européens qui prennent le relais. Le momentum relatif capte ces rotations et ajuste l’allocation en conséquence.
Le modèle Global Equities Momentum (GEM) développé par Gary Antonacci illustre cette double lecture. Chaque mois, on compare la performance sur 12 mois du S&P 500 et du MSCI World ex-US. L’actif gagnant entre dans le portefeuille. Mais avant de valider cet arbitrage, on applique le filtre du momentum absolu : si le gagnant affiche une tendance négative par rapport aux obligations, on bascule intégralement sur l’actif refuge. Cette combinaison produit un ratio de Sharpe (performance divisée par volatilité) nettement supérieur à celui d’une allocation statique.
Les résultats historiques de Gary Antonacci entre 1971 et 2016 parlent d’eux-mêmes : un rendement annuel moyen de 16,7% contre 10,2% pour une stratégie buy and hold, avec une volatilité réduite. Le Max Drawdown, bien que toujours présent à -30,27%, reste inférieur aux -50% du S&P 500 en 2008. Ces chiffres témoignent de l’efficacité du suivi de tendance couplé à la rotation d’actifs.
Il convient toutefois de rester vigilant face au risque de whipsaw, ces faux signaux qui se produisent lorsque le marché oscille sans direction claire. Lors de retournements de tendance ou de périodes de forte volatilité, le momentum peut générer des allers-retours coûteux, entre frais de transaction et spread sur les ETF. La liquidité des ETF utilisés et la fréquence de rééquilibrage doivent être soigneusement calibrées pour limiter ces frictions.

Comment le Dual Momentum s’intègre dans une gestion de patrimoine moderne et diversifiée
Les outils et indicateurs pour mettre en œuvre cette approche au quotidien
Investir avec l’approche Dual Momentum nécessite une infrastructure technique minimale mais robuste. L’investisseur doit pouvoir mesurer mensuellement la performance de ses actifs candidats, calculer les signaux de momentum et exécuter les arbitrages. Heureusement, plusieurs outils accessibles facilitent cette mise en œuvre sans nécessiter de compétences en programmation.
Portfolio Visualizer constitue l’outil de référence pour réaliser des backtesting et simuler différentes stratégies de momentum. Gratuit dans sa version de base, il permet de comparer des paniers d’ETF, de calculer les ratios de Sharpe, d’analyser les Max Drawdown et de visualiser les courbes de performance. D’autres plateformes comme Etf Replay, Quantalys.com ou Imittis.com offrent des fonctionnalités similaires, parfois avec un focus européen bienvenu.
Pour un suivi manuel, une simple feuille Excel ou Google Sheets suffit. On y inscrit les cours de clôture mensuels des ETF retenus, on calcule le rendement sur 12 mois glissants pour chaque actif, puis on compare ces rendements entre eux et par rapport à l’actif refuge. Un code couleur aide à identifier rapidement le signal : vert pour rester investi, rouge pour basculer sur les obligations. Cette discipline mensuelle prend moins d’une heure et évite les décisions impulsives.
Le choix des ETF dépend de l’enveloppe fiscale utilisée. En PEA, on privilégiera des ETF synthétiques éligibles répliquant le S&P 500 (avec couverture ou exposition dollar), l’Eurostoxx 600 pour l’Europe, et éventuellement des fonds obligataires ou le compte espèces pour l’actif refuge. En CTO ou Assurance Vie, l’univers s’élargit avec des ETF physiques sur le MSCI ACWI ex-US, les obligations Investment Grade longue durée (type TLT aux États-Unis ou Euro MTS 3-5 ans en Europe), et des fonds monétaires.
Un point d’attention majeur concerne l’effet de change dollar. Les backtests montrent qu’il est crucial de calculer les signaux de momentum en USD, même pour un investisseur européen. Remplacer systématiquement les indices américains par leurs équivalents en euros a donné de mauvais résultats. Le Dual Momentum repose sur les flux de capitaux mondiaux entre les États-Unis et le reste du monde, dynamique qui se joue en grande partie en dollars. Un modèle européen simplifié utilisant uniquement le S&P 500, l’Eurostoxx 600 et les obligations d’État longue durée a été testé par certains investisseurs, avec des backtests excellents mais des performances réelles parfois décevantes sur certaines périodes.
Les perspectives de performance à long terme et les biais psychologiques à maîtriser
Adopter une stratégie quantitative comme le Dual Momentum exige une discipline de fer et une capacité à surmonter plusieurs biais psychologiques. Le premier d’entre eux : la frustration de rater une partie de la hausse. Contrairement à un portefeuille buy and hold qui capte 100% des rebonds, le momentum entre généralement avec quelques semaines de retard et sort avant que le plancher ne soit atteint. Cette latence peut générer des regrets lorsque le marché rebondit vigoureusement.
Le biais de confirmation pousse également à interpréter les signaux selon ses convictions personnelles. Un investisseur persuadé d’une prochaine correction sera tenté d’anticiper le signal de sortie, tandis qu’un optimiste invétéré pourra ignorer un passage en zone négative. La force du Dual Momentum réside justement dans son caractère mécanique : les règles sont définies à l’avance et appliquées sans état d’âme. Toute interprétation subjective dilue l’avantage statistique de la stratégie.
La tentation de complexifier le modèle représente un autre écueil. Intégrer des indicateurs macroéconomiques supplémentaires – taux de chômage, indices PMI Markit, courbes de taux – peut sembler séduisant pour affiner les signaux. Pourtant, les backtests montrent que la simplicité paie. Le momentum sur 12 mois reste l’indicateur le plus robuste. Les indicateurs macro sont souvent des indicateurs retards qui n’apportent pas d’information prédictive supplémentaire. Au contraire, ils ajoutent des paramètres à calibrer et multiplient les risques d’overfitting.
Les perspectives de performance à long terme dépendent de la persistance de l’effet momentum. Les études académiques couvrant plusieurs décennies et de nombreux marchés confirment la pérennité de cette anomalie. Toutefois, rien ne garantit qu’elle perdure indéfiniment. Si un nombre croissant d’investisseurs adopte des stratégies similaires, l’arbitrage pourrait s’éroder. Pour l’instant, l’effet reste suffisamment fort, notamment parce que la majorité des flux reste pilotée par des investisseurs passifs ou discrétionnaires.
Enfin, il convient de rappeler l’importance de la diversification et de l’horizon d’investissement. Le Dual Momentum n’est pas une martingale. Il peut sous-performer en marché haussier linéaire, période durant laquelle un investisseur 100% actions enregistrera de meilleurs résultats. Son avantage réside dans la réduction des risques extrêmes et l’amélioration du rendement ajusté du risque sur le long terme. Avant de mettre en œuvre cette stratégie, consulter un conseiller financier permet de vérifier sa cohérence avec son profil de risque, son horizon et ses objectifs patrimoniaux.
En conclusion, investir avec l’approche Dual Momentum offre une réponse pragmatique aux défis posés par la volatilité des marchés. En combinant momentum absolu et relatif, cette stratégie quantitative améliore le ratio de Sharpe des portefeuilles tout en limitant les Max Drawdown. Accessible via des outils simples et des ETF disponibles en PEA ou Assurance Vie, elle s’intègre naturellement dans une gestion de patrimoine moderne. Elle exige néanmoins rigueur, discipline et une compréhension lucide de ses limites pour en tirer pleinement parti sur la durée.


